La Valse du Chaos — Chapitre VII

Deux cents en liquide

TW — Cadavre, proxénétisme

« L’essentiel en enfer est de survivre. » 
— Michel Audiard

Les sirènes stridentes des véhicules de police précédèrent celui de Wayan sur l’autoroute. Après avoir été brusquement réveillé par la sonnerie de son téléphone de fonction, il s’était rapidement habillé. En quelques minutes à peine, il s’était retrouvé sur le siège conducteur de sa voiture. Avec un peu de recul, il s’en voulait de ne pas avoir pris le temps d’être plus prévenant avec Esteban. Il soupira. Peu importait, au final ; ils n’allaient jamais se revoir.

Wayan repéra finalement les traces lumineuses qu’imprimaient les gyrophares sur le quartier tranquille. Il s’arrêta avant de s’extirper de son embarcation. Son regard s’égara rapidement vers les cheveux crépus de son assistante, qu’il devinait aisément derrière la foule.

—   Iris ! lança Wayan une fois qu’il eut traversé toute la file des curieux qui s’agglutinaient comme des mouches sur un charnier.

La jeune femme ne l’entendit pas, alors il souleva les banderoles jaunes puis s’arrêta à peine quelques secondes pour observer la scène. L’habitation aux tuiles noires le toisait, ses poutres visibles semblaient lui offrir un sourire sombre. Toutes les fenêtres fermées, le petit jardin autour de la maison s’alignait parfaitement avec le calme et le soin de la bâtisse. Quelques tas de neige fondaient encore sous le soleil. Wayan appela encore une fois l’inspectrice adjointe alors Iris pivota. Elle mit quelques secondes à apercevoir son supérieur qui montait les marches jusqu’à elle. Affairée avec deux autres policiers, elle salua Wayan du bout des lèvres. La demeure était tout aussi spacieuse que le reste de la propriété : deux vastes battants en bois aux riches ornements s’ouvraient sur un salon aux tons dorés. Toute l’atmosphère se pliait sous le drap bleu clair étendu au centre de la pièce.

—   Qu’est-ce qu’on a ? questionna Wayan en s’avançant.

—  Mary Roberts, quarante-six ans. Elle a été tuée sur place et on nous a appelés parce que la victime a été aspergée de parfum de rose…

L’inspecteur fronça les sourcils.

—   Elle est morte hier entre dix-sept et dix-neuf heures, continua Iris sur un ton sec mais cordial.

Wayan l’ignora. Agenouillé, il attrapa des gants chirurgicaux pour ôter le tissu qui recouvrait le cadavre. Les yeux grands ouverts et horrifiés de Mary Roberts l’accueillirent. Qu’avait-elle vu ? Quelle vision atroce pour que son visage se torde autant ? Pour que ses mains crispées aux doigts noueux arrachent la peau de sa gorge ? Asphyxie, se dit Wayan en longeant du regard les plaies sur le cou de la morte. Le parfum de rose monta jusqu’à son nez, brûla sa gorge. Des chaussures noires s’arrêtèrent à ses côtés alors Wayan releva le visage vers un homme au nez arqué. Ses lèvres fines serrées ainsi que ses petits yeux inquisiteurs observèrent l’inspecteur. Ceux de Wayan tombèrent sur le badge accroché à la ceinture de l’inconnu alors il se redressa.

—   Inspecteur ? 

—   Freeman. Et vous devez être Cahaya-Dharma ?

Wayan acquiesça. Ils se penchèrent d’un même mouvement vers le corps inanimé.

—   Asphyxie, certainement, déclara Freeman à mots coupés. J’ai déjà analysé le corps, traces étranges, des brûlures sur la peau, en plus de ce qu’elle s’est elle-même infligé.

Pour la forme, Wayan hocha encore une fois de la tête. Il n’était pas réellement certain que ce soit la Rose : avec tous les gros titres à son sujet, quelqu’un aurait pu l’imiter. D’après les paroles d’Iris, l’équipe de la police scientifique n’était pas encore arrivée sur place mais n’allait plus tarder. Le regard de Wayan resta longtemps porté sur la gorge de Mrs Roberts ; Freeman en profita pour s’éloigner et rejoindre ses collègues. Si c’était la Rose, où étaient les fleurs ? Wayan balaya la pièce du regard mais rien ne lui donna de réponse. Il détailla les vêtements de la victime, remonta vers son visage puis vers ses lèvres blanches, sans vie, closes. Il fronça les sourcils. Silencieuse, Iris relisait ses notes. L’inspecteur porta ses mains vers le visage de Mrs Roberts et observa un instant les grosses croûtes qui s’étaient formées sur ses lèvres. Pour forcer l’ouverture de la bouche, ses doigts glissèrent entre ses dents. Un frisson intense dérapa contre le dos de Wayan. Sa découverte le laissa pantelant.

—  La fille qui a découvert le corps a été prise en charge, il faudrait que vous l’interrogiez. Elle n’a rien voulu nous d…

Un hoquet de stupeur interrompit l’inspectrice adjointe. La rose maculée de salive qui traînait au fond de la cavité buccale du macchabé l’avait stupéfaite. Rouge, la fleur leur lançait un « surprise ! » joyeux. Iris fit un pas en arrière, les mains levées.

—   C’est immonde, murmura-t-elle à peine quelques secondes plus tard, les mains retombées le long de son corps.

—   C’est sûr que c’est elle, soupira Wayan.

—   C’est son quatrième meurtre, Inspecteur… 

Wayan ferma brièvement les yeux. Il se redressa alors que plusieurs officiers en combinaison s’approchaient. On les salua ; Wayan leur offrit à peine un petit signe de tête. Il pensait déjà à toutes les complications, il pensait à son « pourquoi ». La carrure imposante de Freeman réapparut dans le champ de vision de Wayan.

—   C’est la Rose, l’interpella Wayan.

Freeman renifla, la bouche tordue dans un rictus détaché. D’un air suffisant, il encouragea Wayan du bout des lèvres avant de disparaître. 

—  Tout à l’heure je voulais vous dire qu’on a essayé d’interroger celle qui a découvert le corps, intervint Iris. Mais elle refuse de nous dire quoi que ce soit. Peut-être que vous aurez plus de chance.

Le regard de Wayan balaya les environs. La témoin, affublée d’un policier, serrait sa couverture contre elle. Le brun se dirigea vers eux en ôtant ses gants et les glissa dans la poche de son manteau. Plus proche, il se permit d’affirmer qu’elle était encore mineure, peut-être aux alentours de quinze ans. Elle gardait ses grands yeux bleus vissés sur le sol. Ses cheveux bruns coupés en carré lui donnaient un air plus mature que ce que trahissaient ses joues rondes ou son front bombé. L’inspecteur s’agenouilla pour tenter de capter son regard. 

—   Bonjour, débuta ce dernier d’une voix qui se voulait sympathique. Comment tu t’appelles ?

Les prunelles azures de la jeune fille se posèrent sur les traits de Wayan mais ses lèvres restèrent closes à l’image de ses phalanges blanchies. Peut-être même qu’elle avait planté ses dents dans sa chair et qu’elle ne parvenait plus à décrisper sa mâchoire.

—   Moi c’est Wayan. Je travaille pour la police et je suis détective. Mon travail, c’est de découvrir qui a fait ça.

Il désigna la scène du pouce ; le fourmillement des policiers attira les yeux de la brune. Ses tremblements se renforcèrent et l’inspecteur se racla doucement la gorge pour que son attention revienne vers lui.

—   Mais pour ça, j’ai besoin de ton aide, tu comprends ? Il faudrait que tu me dises ce que tu faisais là et comment tu as découvert la femme qui est allongée, là-bas.

Muette, la jeune fille se recroquevilla sous la couverture. Wayan se releva, désemparé. Il ne pouvait insister sous peine d’assommer l’une des seules personnes qui pouvaient l’aider. Pour autant, il avait besoin de savoir. Après avoir discrètement ramené ses cheveux en arrière, il s’adossa à la portière du camion puis croisa les bras contre son torse. Il attendrait qu’elle se décide à parler en espérant que sa présence, qu’il souhaitait protectrice, suffirait à la calmer. Iris s’avança vers lui à grands pas, son calepin en main. Son rythme ralentit lorsqu’elle ne fut plus qu’à quelques mètres.

—  Inspecteur ? Il y a quelque chose qu’il faudrait que je vous dise. En privé, ajouta-t-elle dans un murmure.

La réaction de la témoin n’échappa pas à Wayan : son regard larmoyant restait braqué sur Iris. Il lui jeta un coup d’œil avant de se pencher vers son assistante pour qu’elle seule l’entende :

—   T’as déjà parlé au témoin ? Elle veut rien me dire.

—   Je doute qu’elle me parle si elle a rien voulu vous dire.

—   Essaye quand même, insista Wayan. Une femme la met peut-être plus à l’aise.

Iris prit quelques secondes pour réfléchir. Cette fois, il ne lui demandait pas de fermer sa gueule… il ne s’excusait pas ? Bien. Son insulte lui restait en travers de la gorge, pour autant elle finit par acquiescer.

—  Mais avant que j’oublie de vous le dire, reprit-elle. Mary Roberts était une proxénète. Elle tenait une maison close. Avec des mineures.

Iris se détacha finalement de son supérieur pour s’approcher du témoin, laissant Wayan se perdre dans une marée de surprise et de dégoût. La jeune fille releva ses immenses prunelles bleues sur la policière qui lui sourit tendrement. 

Wayan humecta ses lèvres sèches. Si la fille avait découvert le corps de Mary Roberts puis avait refusé de parler aux deux policiers, il ne s’en étonnait plus. Employée par la morte, elle aurait évolué entourée d’autres filles. Le seul rapport aux hommes qu’elle aurait pu connaître était les mains et les sexes de ceux-ci partout sur son corps, dans son corps. Wayan sentit un frisson haineux parcourir son échine. Avait-elle choisi cette vie ? À quinze ans ? Avait-elle été détenue par la grande patronne qui baignait dans sa mort à quelques pas à peine ?

Wayan s’éloigna pour laisser de l’intimité aux deux femmes. Un sourire encourageant aux lèvres, Iris s’agenouilla face à l’adolescente. 

—   Hey, fit-elle à mi-voix sans éclater leur bulle. Moi c’est Iris Cooper. Et toi ? C’est quoi ton nom ?

—   Elena, répondit la jeune fille d’une voix rauque. 

—   D’accord, Elena. Est-ce que tu voudrais bien répondre à quelques questions ? Ça nous aiderait énormément.

La brune leva des yeux hésitants vers Wayan à quelques pas de là. Comme elle voyait qu’il s’était éloigné et que personne d’autre à part Iris ne pourrait l’entendre, elle opina lentement du chef.

—   Tu as quel âge ? reprit la policière.

—   Seize ans.

Ses yeux restaient ouverts, horrifiés. Ils semblaient à la recherche perpétuelle de quelque chose qu’elle ne parvenait pas à saisir.

—  Je veux pas aller en prison, pria-t-elle avec une voix si cassée et terrible de sanglots qu’Iris ouvrit grand ses yeux.

—   Oh non, non, pas du tout. T’iras pas en prison, je te le promets.

Elles tombèrent en silence pendant quelques secondes. 

—   Promis, poursuivit Iris. Elena, on a besoin de savoir ce que tu faisais ici, d’accord ?

—   Je suis venue voir Mary… 

—   Est-ce que je peux savoir pourquoi ?

Elena hésita. Elle coula son regard vers la neige qui s’amoncelait en tas puis serra les paupières en inspirant à grandes goulées.

—   On ne te fera rien, Elena, promis, continua Iris. Tu n’as pas à avoir peur de nous, d’accord ?

—   J’ai toutes mes raisons, souffla la jeune fille avant de se mordre violemment la lèvre.

Iris resta silencieuse, le regard baissé avant de le reporter vers l’adolescente. Celle-ci ne lut aucune once de colère dans les yeux de l’inspectrice adjointe, alors lentement, elle découvrit les pans de sa couverture. D’une main, elle ouvrit la fermeture éclair de sa veste puis tendit, indécise, une enveloppe à Iris. Délicatement, cette dernière l’attrapa et aucune surprise ne la traversa quand elle y découvrit une importante somme d’argent. Elle referma le cachet et garda l’enveloppe en main. Elena restait focalisée sur l’argent gagné.  

—   Il y a combien à l’intérieur ? questionna Iris.

—   Deux cents en liquide… 

—  Elena… tu sais que c’est dangereux ce que tu fais, n’est-ce pas ? s’enquit la policière en cherchant une réponse à l’intérieur des yeux azurs de l’adolescente.

De nouvelles larmes perlèrent au bout des cils de celle-ci.

—   J’ai besoin d’argent, déclara fermement la jeune fille.

Elena passa le dos de sa main contre ses yeux et y délogea ses larmes. Iris lui tendit un mouchoir ; elle l’accepta pour se moucher bruyamment. L’inspectrice adjointe n’arrivait pas à savoir si c’était son quotidien ou la mort côtoyée de trop près qui la terrorisait.

—   Tu es une victime, souffla Iris pour l’enjoindre à parler.

Le silence d’Elena lui permit de comprendre que son travail était loin d’être un choix. Elle ajouta :

—   Je suis à ton écoute, d’accord ? Et on ne te fera aucun mal.

—   Je peux vraiment tout te raconter… ? J’irai pas en prison ? Tu diras rien aux autres ?

—   Si tu me donnes une information importante pour mon enquête, je serai obligée d’en parler à mon chef, tu comprends ? affirma Iris.

La brune hésita un moment en lorgnant l’inspecteur au téléphone, à plusieurs mètres de là, puis elle finit par acquiescer lentement tandis qu’Iris ajoutait :

—   Je ne dirai rien d’autre, promis.

—  J’ai besoin d’argent pour payer les soins médicaux de ma mère, déclara Elena à mi-voix. 

Elle ne fit aucun geste pour stopper ses larmes. Iris restait agenouillée, attentive à sa déclaration.

—   Elle a un cancer du sein et on a pas les moyens pour payer la chimio ni l’ablation de la tumeur. J’ai voulu aider en trouvant un travail qui gagnait beaucoup en peu de temps. Au moins pour le loyer, comme elle pouvait plus travailler.

Ses mots finirent en murmure si bien qu’Iris dut tendre l’oreille pour les entendre. Elena reprit d’une voix plus forte :

—   Au début, je vendais un peu d’herbe mais ça suffisait pas. Et comme j’ai eu quelques contacts après, y en a un qui m’a dit qu’il pouvait me trouver un travail qui payait mieux, comme j’étais jolie. Je- j’étais pas débile, hein. J’avais peur mais j’avais encore plus peur de perdre ma mère et de me retrouver sans personne.

—   C’est à partir de là que t’es entrée au service de Mary Roberts ?

—   Non, pas tout de suite.

Elle releva des yeux dans lesquels brillait le flamboiement de la terreur.

—   Je voulais pas vendre mon corps ! s’écria-t-elle. Je voulais pas que des mecs me baisent et payent pour ça ! Je voulais pas, au début… 

Un sanglot vint briser sa voix. Elle le réprima en inspirant longuement ; sa respiration bloquée par sa morve. Elle se moucha encore tandis qu’Iris patientait, la bouche sèche.

—   Je regardais des vidéos, des témoignages… Y a des femmes, ça leur plaît, c’est leur métier. Mais moi, je… j’avais du mal à me faire à l’idée. Sauf que l’argent que je gagnais avec la beuh a plus suffi. Ma mère a plus rien touché. C’est à partir de là que j’ai commencé à bosser ici. En échange, Mary s’occupait de payer les soins médicaux et le loyer de notre appart’.

Elle effaça une nouvelle fois les perles de ses larmes ; son maquillage s’étendit encore un peu plus sur ses pommettes.

—   Qu’est-ce que je vais faire, maintenant ?

—   On va y réfléchir ensemble, d’accord ? lui répondit Iris en souriant doucement.

Elles détournèrent leurs regards vers l’enveloppe que la policière tenait encore en main. Celle-ci la glissa dans la poche intérieure de sa veste et avant qu’Elena ait le temps de s’insurger, elle lança :

—   Je m’en occupe. Tu peux pas porter ça sur toi maintenant, ça va te rendre suspecte aux yeux des autres, tu comprends ?

Non, Elena ne comprenait pas. Les yeux écarquillés, elle observait Iris, muette.

—   Trouve une autre histoire que ce que tu viens de me raconter, d’accord ? poursuivit la policière. Si on t’interroge, ne dis pas que tu travaillais pour elle. Explique juste comment t’as trouvé le corps et change de travail. 

L’adolescente déglutit mais finit par acquiescer. Iris continua d’une voix plus forte :

—   Je vais aller chercher une dame, elle va s’occuper de toi, t’es d’accord ? Elle va te ramener chez toi et je leur dirai que je t’ai déjà interrogée, donc pas la peine de rester plus longtemps ici, ok ?  

Elena acquiesça rapidement ; elle n’avait pas le choix. L’enveloppe pesait lourd dans sa poche quand Iris se redressa ; elle l’enfonçait vers le sol, faisait tanguer son crâne. 

Wayan intercepta son assistante en posant une main sur son épaule alors qu’elle pensait passer à côté de lui sans le regarder.

—   Alors ?

Iris le fusilla du regard et se dégagea brutalement de sa poigne. L’inspecteur ouvrit les yeux tandis qu’elle croisait ses bras et qu’elle attrapait sa veste des mains. Wayan fronça les sourcils.

—   Qu’est-ce qu’il y a ?

—  Je vais faire un rapport écrit, commença Iris sur un ton froid. Mais rien de ce qu’elle m’a dit va permettre de faire avancer l’enquête, inspecteur. Il va falloir trouver d’autres pistes.

—   Il y a un problème, Iris ?

Son attitude sèche ne lui échappait pas et un rire désabusé s’étrangla dans la gorge de sa collègue. 

—  Vous voyez, Wayan, claqua Iris. Le vrai problème c’est que vous arrivez pas à voir où il est. Vous êtes en colère parce que je suis distante ? Entre la vôtre et la mienne, je me demande laquelle est la plus justifiée ! J’aime pas trop qu’on me prenne de haut et ensuite qu’on me demande mes services et qu’on fasse comme si rien ne s’était passé ! Même pas un merci, rien.

Frappé par le dernier mot, Wayan resta interdit alors qu’elle le dépassait pour se diriger vers la première femme en uniforme qu’elle aperçut. Un goût amer se répandit dans la bouche de l’inspecteur. Il avait passé l’âge des réprimandes, non ? Une autre partie de son esprit lui assura bien vite le contraire. Un souffle rude lui échappa avant qu’il ne ferme les yeux. Il avait besoin de noms et de personnes à interroger.

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